À qui parler quand on ne contrôle plus ses urines ?

Vous avez des fuites urinaires. Vous le savez. Et pourtant, vous n'en avez encore parlé à personne. Pas à votre médecin. Pas à votre conjoint(e). Pas à vos amis. Vous gérez ça seul(e), en silence, depuis des semaines ou des mois.
C'est le cas de la majorité des personnes concernées. Selon une étude française, 89 % des personnes souffrant d'incontinence considèrent le sujet trop délicat pour en parler, même avec leur médecin. Certaines attendent des années avant de consulter.
Ce guide est là pour vous dire concrètement à qui vous pouvez parler, dans quel ordre, et quoi attendre de chaque interlocuteur.
Les chiffres qui montrent que vous n'êtes pas seul(e)
Avant tout, rappelons l'essentiel : 1 Français sur 3 est concerné par l'incontinence urinaire. Les professionnels de santé que vous allez rencontrer entendent parler de ce sujet plusieurs fois par semaine. Rien de ce que vous direz ne les choquera. Rien.
1. Le médecin généraliste — le premier interlocuteur
C'est le point d'entrée naturel et le plus accessible. Votre médecin traitant est formé pour aborder l'incontinence, même s'il ne l'évoque pas spontanément lors de vos consultations habituelles.
Ce qu'il peut faire pour vous : évaluer la nature de vos fuites (effort, impériosité, mixte) ; éliminer une cause infectieuse (infection urinaire, par exemple) ; identifier d'éventuels médicaments qui aggravent le problème ; vous orienter vers le bon spécialiste ; rédiger une prescription de rééducation périnéale remboursée.
Comment aborder le sujet : si vous ne savez pas comment commencer, voici une phrase simple qui fonctionne : « J'ai des fuites urinaires depuis quelque temps et j'aimerais qu'on en parle. » C'est suffisant. Votre médecin prend le relais.
Et si votre médecin minimise ? Malheureusement, ça arrive encore. Certains professionnels considèrent l'incontinence comme « normale avec l'âge » et n'orientent pas vers une prise en charge. Si vous sentez que votre préoccupation est balayée d'un revers de main, vous avez tout à fait le droit de demander un avis spécialisé ou de consulter un autre médecin.
2. Le gynécologue ou la sage-femme — pour les femmes
Pour les femmes, le gynécologue est souvent l'interlocuteur le plus à l'aise avec les questions de plancher pelvien, d'incontinence post-partum et d'incontinence liée à la ménopause.
Les sages-femmes sont particulièrement compétentes sur ces questions, et souvent sous-utilisées. Elles peuvent prescrire et suivre une rééducation périnéale, conseiller sur les exercices à faire à domicile, et orienter vers les bons spécialistes si nécessaire. Elles reçoivent aussi bien les femmes après un accouchement que les femmes ménopausées.
3. L'urologue — le spécialiste
L'urologue est le médecin spécialiste de la vessie et des voies urinaires, chez la femme comme chez l'homme. C'est vers lui que vous serez orienté(e) si vos fuites sont importantes ou s'aggravent rapidement ; si la rééducation seule ne suffit pas ; si un traitement médicamenteux ou chirurgical est envisagé ; ou si vous êtes un homme (les urologues prennent en charge l'incontinence masculine, notamment liée à la prostate).
La consultation chez l'urologue nécessite généralement une ordonnance de votre médecin traitant pour être remboursée par la Sécurité Sociale.
4. Le kinésithérapeute spécialisé — souvent le plus utile
Pour l'incontinence légère à modérée, la rééducation périnéale est souvent le traitement le plus efficace — et le moins connu. Un kinésithérapeute spécialisé en rééducation du plancher pelvien vous apprend à renforcer et à coordonner les muscles qui contrôlent la vessie.
Ce que vous devez savoir : la rééducation est remboursée par l'Assurance Maladie sur prescription médicale ; après un accouchement, vous y avez droit automatiquement (10 séances prescrites par la maternité) ; les séances durent environ 30 à 45 minutes ; les résultats se voient généralement après 6 à 10 séances ; certains kinés reçoivent aussi les hommes pour la rééducation post-prostatectomie.
Pour trouver un kinésithérapeute spécialisé proche de chez vous, vous pouvez demander à votre médecin ou sage-femme, ou consulter l'annuaire de l'Association Française de Rééducation Périnéale et Pelvienne (AFRPP).
5. Le médecin sexologue ou le médecin de la douleur — si nécessaire
L'incontinence a parfois un impact sur la sexualité et sur l'image de soi. Si vous sentez que le sujet affecte votre relation de couple, votre confiance en vous ou votre bien-être psychologique, un médecin sexologue peut être un soutien précieux. Ce n'est pas un luxe — c'est une composante réelle de la prise en charge globale.
6. Une assistante sociale ou une infirmière coordinatrice — pour les aidants
Si vous êtes un aidant familial qui gère l'incontinence d'un proche âgé à domicile, vous n'êtes pas non plus seul(e). Des structures peuvent vous aider : l'infirmière coordinatrice de votre EHPAD ou SSIAD local peut vous conseiller sur les produits adaptés et les gestes à adopter ; l'assistante sociale de votre mairie ou de la CPAM peut vous orienter vers des aides financières pour l'achat de protections (certaines mutuelles remboursent partiellement) ; les associations de patients comme la Société Française de Pelvi-Périnéologie ou les groupes de soutien en ligne offrent des espaces d'échange bienveillants.
7. Un service de conseil en ligne — pour commencer sans pression
Si l'idée de parler à un médecin en face à face vous semble encore trop difficile, plusieurs alternatives existent pour faire un premier pas en douceur : les plateformes de téléconsultation (Doctolib, Médecin Direct) permettent de parler à un médecin depuis chez vous, sans se déplacer ; certaines pharmacies en ligne proposent un chat avec un pharmacien diplômé ; le service de conseil Hestia, accessible 7j/7, vous accompagnera dans le choix d'une protection adaptée, de manière totalement anonyme et sans jugement.
Par où commencer concrètement ?
Si vous ne savez pas par où commencer, voici un chemin simple.
Étape 1 — Cette semaine : prenez rendez-vous chez votre médecin généraliste. Préparez la phrase : « J'ai des fuites urinaires et j'aimerais qu'on en parle. »
Étape 2 — Dans le mois : sur prescription, commencez une rééducation périnéale avec un kinésithérapeute spécialisé.
Étape 3 — En parallèle : choisissez une protection urinaire adaptée pour vivre confortablement pendant la prise en charge. Ce n'est pas renoncer — c'est se donner les moyens de continuer à vivre normalement.
Ce qu'il faut retenir
Il y a des professionnels formés et bienveillants qui attendent juste que vous fassiez le premier pas. Médecin généraliste, gynécologue, sage-femme, urologue, kinésithérapeute — chacun a un rôle précis dans la prise en charge de l'incontinence. Vous n'avez pas à tout gérer seul(e), et vous n'avez pas à souffrir en silence.
Le plus difficile, c'est toujours la première phrase. Après, ça va mieux.
Chez Hestia, nous croyons que parler de l'incontinence est un acte de courage — et que personne ne devrait avoir à le faire seul(e). Notre service de conseil sera disponible 7j/7 par chat. Hestia arrive bientôt — inscrivez-vous pour être informé(e) en avant-première.
OpinionWay pour TENA, Semaine mondiale de la continence, juin 2024 ; Ameli.fr / Assurance Maladie, 2024 ; Haute Autorité de Santé (HAS), Recommandations sur la prise en charge de l'incontinence urinaire de la femme, 2023 ; Association Française de Rééducation Périnéale et Pelvienne (AFRPP) ; Société Française de Pelvi-Périnéologie (SFPP).


